DANS L’OMBRE DE LA CATHÉDRALE, chez Calmann-Lévy (trad. par G. Hérelle). ARÈNES SANGLANTES, chez Calmann-Lévy (trad. par G. Hérelle). LA HORDE, chez Calmann-Lévy (trad. par G. Hérelle). LES QUATRE CAVALIERS DE L’APOCALYPSE, chez Calmann-Lévy (trad. par G. Hérelle). L’INTRUS, chez Fasquellè (trad. par Renée Lafont). LES ENNEMIS DE LA FEMME, chez Calmann-Lévy (trad. par A. de Bengoechea). E. GREVIN--IMPRIMERIE DE LAGNY V. BLASCO-IBAÑEZ Contes espagnols d’amour et de mort _Traduits de l’espagnol par F. MÉNÉTRIER_ PARIS ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR 26, RUE RACINE, 26 Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous les pays. Copyright 1922, by ERNEST FLAMMARION. PRÉFACE Vicente Blasco-Ibañez, dont les admirables romans ont rendu le nom célèbre dans le monde entier, est assez mal connu en France comme conteur. Nous avons voulu réparer cette regrettable ignorance d’une partie fort importante de son œuvre, en publiant aujourd’hui quelques-unes des plus belles histoires qui commencèrent à le faire remarquer dans sa patrie, alors que Blasco-Ibañez était, avant tout, le député de Valence et l’un des plus fameux agitateurs républicains de l’Espagne. Ces contes de jeunesse ont pour décor la campagne valencienne, la huerta magnifique, paradis de fleurs et d’orangers, ou bien les rues et les faubourgs de la ville, cité toujours à moitié arabe, ou encore les plages voisines où pullulent le pêcheur héroïque et le contrebandier hardi. Mais ce qui rend surtout ces contes curieux, c’est qu’ils peignent les mœurs singulières de cette région qui est, de toute l’Espagne, celle qui conserve le mieux les vestiges de la domination des Maures qui s’y est exercée pendant plus de cinq siècles et a laissé son empreinte dans les âmes violentes et passionnées. Ce qui se joue, dans ces contes d’un relief saisissant, c’est l’éternel drame de l’amour et de la mort. A côté de descriptions aux touches sobres, par instants surgissent des éclairs de cette belle humeur levantine qui est un peu cousine des joyeusetés de notre vieux français. Les anciens moines espagnols et les hidalgos ne dédaignaient pas une certaine verve rabelaisienne. Bravaches et matamores, bandits sensibles ou sournois, caciques, alguazils et alcades parfois coquins, paysans têtus, laborieux, exaltés aussi, vieillards amoureux, contrebandiers, matelots, bohèmes musiciens et ivrognes, tous ceux qui défilent dans ces contes sont extraordinairement pittoresques, s’accordent avec un paysage merveilleux. Qu’il peigne les âmes ou les décors de son pays, Blasco-Ibañez est toujours le poète incomparable, l’écrivain de génie dont l’un de ses plus clairvoyants admirateurs a dit qu’il ne saurait être comparé comme conteur qu’à notre grand Maupassant[A]. F. M. Contes espagnols d’amour et de mort LE SECOND MARIAGE DU PÈRE SENTO I Les habitants de Benimuslin furent stupéfaits de la nouvelle. Le père Sento se mariait! lui, un des notables du village, le plus important contribuable du district! Et la fiancée, c’était la belle Marieta, fille d’un charretier, ayant pour toute dot sa frimousse brune, son sourire aux gracieuses fossettes, ses immenses yeux noirs, qui semblaient dormir sous les longues paupières, entre deux torsades de cheveux, drus et brillants, qui lui couvraient les tempes. Plus d’une semaine, cette nouvelle mit en émoi la tranquille bourgade, qui, dans son vaste horizon de vignes et d’oliviers, dressait ses toits sombres, ses murs d’une blancheur éblouissante, son campanile au bonnet de tuiles vertes et sa haute tour mauresque carrée et rouge dont la couronne de créneaux, rompus ou ébréchés, se détachait sur le bleu du ciel. Il devait être féru d’amour, le père Sento, pour violer ainsi toutes les coutumes. Avait-on jamais vu un homme si riche, possédant le quart de la...
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