bibliothèque Charpentier est reportée à la fin du septième tome. * * * * * JOURNAL DES GONCOURT --Mémoires de la vie littéraire-- Tome septième ANNÉE 1885 _Jeudi 1er janvier 1885_.--Un premier jour de l'année, qui a l'apparence d'un Jour de l'An, dans les Limbes, et se terminant par un dîner mélancolique, chez les Lefebvre de Béhaine, ces exilés de la diplomatie. * * * * * _Samedi 3 janvier_.--Ah, si un parti politique quelconque avait mis à l'exécution l'idée, que je lui donnais dans ce Journal, l'idée de créer dans le gouvernement: un MINISTÈRE DE LA SOUFFRANCE PUBLIQUE, que de choses menaçantes qui sont, ne seraient pas! * * * * * _Lundi 5 janvier_.--Nos arts plastiques, à nous Européens, n'aiment à représenter que l'animalité supérieure: les féroces, le cheval, le chien. Nos artistes n'ont pas cette espèce de tendresse, qui porte les artistes de l'Orient, à dessiner, à sculpter, amoureusement, la _bête_, et toutes les bêtes: les plus viles, les plus humbles, les plus méprisées, le crapaud par exemple. * * * * * _Jeudi 8 janvier_.--L'aurais-je jamais cru? le jeune Léon Daudet m'apprend qu'au collège Louis-le-Grand, l'histoire de la Révolution, s'apprend dans notre HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE PENDANT LA RÉVOLUTION ET LE DIRECTOIRE. * * * * * _Samedi 17 janvier_.--On parle d'About, de son besoin maladif de dire des méchancetés spirituelles, méchancetés, dont l'émission était toujours précédée d'une fermeture jouisseuse des yeux, pareille à celle d'un chat qui boit du lait, savourant d'avance la cruauté de son mot, et qui faisait s'écrier à Mme About: «Edmond, Edmond!...» comme si elle voulait arrêter le trait mordant, au fond de la gorge de son mari. * * * * * _Dimanche 18 janvier_.--On vivrait mille ans, qu'un homme doué d'une intelligence travailleuse, le jour de sa mort, s'apercevrait qu'il n'a pas fait la moitié de tout ce qu'il voulait faire. * * * * * _Mardi 20 janvier_.--Les pièces à thèse, sont des chinoiseries, rien que cela. Ce n'est ni une étude vraie de la vie moderne, ni un recueil de belle écriture, et il n'y a là dedans qu'un travail d'écureuil, et une dépense de fausse imagination autour d'une situation, tirée par les cheveux. * * * * * _Jeudi 22 janvier_.--Dîner chez Charpentier, avec les Daudet, Scholl, Huysmans, Lemonnier. Scholl, un amusant et brillant ferrailleur de la parole, un verveux et nerveux causeur, qui, de temps en temps, a des mots qui sont, comme des coups de garcette, mais donnés toutefois avec une grâce en leur férocité. Un moment il nous parle, gentiment et spirituellement, d'une danseuse de corde à laquelle il faisait la cour, concurremment avec le peintre Tissot, qui, en vieux romantique, accompagnait la belle aux gares de chemin de fer, tenant d'une main le cerceau dans lequel elle sautait, et de l'autre la couseuse mécanique, avec laquelle elle avait l'habitude de _rapetasser_ ses costumes. Et à propos de cirque, il nous cite un original, un Américain, qui, aussitôt arrivé dans un pays qu'il ne connaissait pas, allait au cirque, payait un dîner à la troupe, s'assurant, au prix de ce dîner, un cornac, qui l'introduisait partout, et lui faisait voir tout ce qu'il y avait de curieux, là où il faisait séjour. * * * * * _Dimanche 25 janvier_.--Aujourd'hui Daudet et sa femme viennent me voir, viennent étrenner mon _grenier_. Ils restent longtemps, très longtemps, jusqu'au crépuscule, et dans le tête-à-tête et dans l'ombre, l'on cause avec une tendre expansion. Daudet parle des premières années de son mariage, me dit que sa femme ne savait pas qu'il existât un Mont-de-Piété, et...
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Logan White
1 year agoGreat read!