leur vêtement nocturne. Un coq chanta clair dans une ferme, au loin. D'autres coqs lui répondirent. Soudain, vers le zénith, l'atmosphère à demi opaque de cette heure matinale se déchira sous le tranchant d'un éclair et, bien que nul orage ne fût visible au-dessus de l'horizon, le tonnerre gronda sourdement. Effrayés, les oiseaux se levèrent des arbres, des buissons, en une seule bouffée de plumes, voletèrent en piaillant, puis regagnèrent leurs nids. Des lièvres qui broutaient s'enfuirent; les bêtes qui fréquentent l'ombre se sentirent pénétrées d'une brusque épouvante et des boeufs que l'on avait laissés aux champs tournèrent lentement leurs lourdes têtes pour reprendre ensuite le cours monotone d'un long rêve. Ce fut tout. Déjà retombaient les tourbillons poudreux qui s'étaient formés sur la route. Contre son bas côté, près du fossé de droite, gisait le corps d'un homme. Se trouvait-il là quelques moments plus tôt? On n'aurait su le dire. D'ailleurs, la nuit traînait encore ses derniers voiles dans cette piste creuse que des arbres abritaient; l'aube n'y jetait pas ses lueurs. Un corps d'homme couché... cadavre ou corps vivant? Il est vêtu de bleu comme le sont en ce pays les messagers. Est-ce un voyageur que la fatigue a surpris et qui sommeille? est-ce la victime d'un insolent voleur de grand chemin? On assure pourtant que les derniers édits du Gouverneur ont, en Judée, beaucoup diminué le brigandage. * * * * * Et voici que paraît une lumière basse, discrète dans le demi-jour, le feu d'une lanterne, oscillant au rythme du pas de celui qui la porte. Elle approche, petit point jaune, instable et mobile; elle hésite, elle repart; enfin le voyageur fait halte et la souffle; il n'en a plus besoin: les premiers rayons du soleil rasent la campagne de leurs faisceaux d'or; il accroche la lanterne à sa ceinture. Pourquoi ce vieillard richement vêtu dont les doigts sont ornés de bagues précieuses et le cou d'un somptueux collier d'ambre sort-il à une heure aussi matinale? Il avance sans hâte et s'appuie sur un bâton à crosse d'argent; il marmotte entre ses dents des paroles obscures; il se raconte à lui-même le tourment qu'il éprouvait à rester auprès de sa femme et de ses enfants dans la maison qu'il habite depuis tant d'années. Il ne reverra plus la terrasse de marbre, l'atrium qui toujours garde sa fraîcheur, le jardin clos de murs, le verger fertile. Il est parti, il a quitté ce temple de l'ennui. Chez le banquier d'une ville voisine qu'il atteindra avant le soir, n'a-t-il pas accumulé des richesses? C'est ainsi qu'il pourra, sans rien changer à son luxe ancien, vivre seul, vivre heureux.--Plus de contestations avec une épouse vieillie que les bijoux et le fard ne rajeunissent guère et qui, chaque jour, lui cherche noise; plus de litiges futiles du fait d'un esclave coureur ou paresseux, plus de réprimandes au jardinier infidèle qui vole si souvent les fruits.--Mais que diront ses deux fils, que dira sa fille quand, au réveil, ils trouveront la maison vide et le maître parti? Il n'y veut point songer; il écarte ce remords. Il voit alors l'homme couché près du fossé de la route et s'arrête près de lui. Il regarde le corps vêtu de bleu que le feuillage des buissons couvre à moitié, il regarde la figure fermée, aux yeux clos, tachée de poussière, la robe toute froissée, salie, déchirée en un endroit, cette main ouverte, un peu tendue, qui semble quêter une offrande. Il se penche, il prend dans le petit sac de soie à glands d'or qu'il porte sous son manteau une pièce de cuivre:...
This is a limited preview. Download the book to read the full content.
Jennifer Robinson
1 year agoBased on the summary, I decided to read it and it provides a comprehensive overview perfect for everyone. Don't hesitate to start reading.